Marche de Gembloux : la révolte gronde …

 

Gembloux, mercredi 2 novembre 2005. Le petit Olivier MOREAU (13 ans) rentrait chez lui à vélo,  prudemment, de manière sage et bien à droite de la chaussée à 2 bandes. A contresens, un automobiliste nerveux, pressé, mais surtout, sous l’influence de l’alcool, donc rendu pratiquement inconscient : en une fraction de seconde, la voiture heurte le petit garçon qui rendra le dernier soupir un peu plus tard.

La prise de sang effectuée sur ce meurtrier révélera un taux de 3.55g/00, ce qui paraît impensable, irréel : un individu « normal » serait, à cette dose, plongé dans un profond coma éthylique mais lui, a su mettre les clés dans la serrure de sa voiture, a pu démarrer et conduire durant des kilomètres sans rencontrer le moindre accroc, avant de croiser le chemin de l’enfant. C’est dire si l’individu était habitué à l’alcool …

On apprendra par la suite que c’était un récidiviste, de ceux que l’on remet en circulation parce que privés de leur sésame, ils en paieraient lourdement les conséquences : pensez donc,  ils n’auraient en effet plus de boulot, ils ne retrouveraient pas « leur » place dans la société, … Et puis, c’est bien connu, ces personnes, lorsqu’elles commettent leur tout premier accident, vont directement se soigner et subir une cure de désintoxication, de leur plein gré ; et une cure, cela suffit largement  pour venir à bout de cette terrible maladieTels sont du moins quelques-uns des arguments que défendent généralement les avocat assurant leur défense.

 Ben voyons, laissez nous rire, et pas sous cape s’il vous plaît : les cas de guérison de l’alcoolisme en peu de temps sont exceptionnels ; cela, tout le monde (ou presque) le sait, sauf les juges des tribunaux qui considèrent, un peu trop vite assurément, que si l’individu s’est soigné, c’est qu’il est sur le bon chemin et qu’il a compris.  Faux, archi faux et ce ne sont pas des certificats médicaux ou de bonne conduite qui nous feront changer d’avis. C’est notamment pour tous ces faux motifs qu’ existent tous ces drames, c’en est tout au moins, une des raisons.

 

Le rassemblement qui s’est déroulé à Gembloux le jeudi 10 novembre était une façon d’attirer l’attention sur le fait que ces drames – tous ces  jeunes tués par des usagers alcoolisés (?) - sont devenus, en assez peu de temps, monnaie presque courante. En peu de temps, Olivier était le 3ème de cette liste noire, Kévin SUAREZ (13 ans, tué le 01/10) et Steve LEGLISE (12 ans, tué le 21/06)  l’ayant précédé dans la mort dans des circonstances proches.

 

C’est au GRACQ (Groupement de cyclistes au quotidien) et à  l’asbl Empreintes que l’on doit cette marche qui aura finalement réuni entre 1200 et 1500 personnes, dont une étonnante proportion d’enfants, amis ou condisciples d’Olivier, fréquentant tous l’Athénée et l’Institut Saint Guibert. Les associations de sécurité routière (GAR, PEVR, PLR et RED) avaient également tenu à se joindre à cette manifestation.

Il faudrait des pages pour décrire la grande tristesse qui se dégageait de ce rassemblement.  On peut aussi dire que toutes les associations, ainsi que l’ensemble des parents de victimes de la route (dont beaucoup avaient également fait le déplacement), ont tous des questions et des revendications communes, à savoir :

 

1.      Contrôles largement insuffisants : les « dangers publics » et connus comme tels par la Justice, courent finalement peu de risques de se faire contrôler. C’est hélas lorsque survient l’accident que l’infraction est mise en évidence. Nous faisons évidemment allusion à l’alcool au volant. Davantage de contrôles inopinés sont désormais nécessaires, et plus seulement sur les autoroutes et à la sortie des endroits réputés chauds à ce niveau (dancings par exemple). Que nos policiers brandissent donc leur éthylotest à la sortie de certaines fêtes telles que communions, mariages, … ou à la sortie de quelques restaurants : nul doute qu’ils y feraient bonne pêche, et même pêche miraculeuse … Il n’y d’ailleurs pas à en rire.

2.    Il est honteux que des récidivistes soient si vite remis en liberté. Le problème de l’alcool au volant est devenu aussi  récurrent qu’affolant. Mais que l’on considère l’alcoolisme comme une maladie ou non (c’est selon …), il demeure que c’est bel et bien une assuétude dont on ne vient pas à bout facilement, et à la limite, on n’en guérit jamais. Dès lors, est-il bien raisonnable ou responsable de se limiter à des retraits de permis de quelques semaines alors que, par ailleurs, chacun sait qu’avec ou sans permis, le « malade » conduira quand même … Quant aux incarcérations en prison, ce n’est évidemment pas toujours la solution, mais il importe d’empêcher ces gens  de nuire.

3.     A force de toujours évoquer les tueurs qu’ils sont, ces alcooliques le sont souvent avec la grande complicité de certains (ils sont légion) commerçants tels que les cafetiers, les  tenanciers de boîtes ou de bistrots, ... Ne devrait-on pas d’abord sévir lorsque l’un de ceux-ci persiste à abreuver un individu, conducteur de surcroît, alors qu’il est manifestement déjà sous influence ? La répression de l’ivresse existe depuis pas mal d’années mais elle est quotidiennement bafouée sans vergogne puisque non contrôlée, donc impunie. Ne nous leurrons toutefois pas : on n’empêchera jamais de boire celui qui consomme chez lui puis prend la route. Ces « alcooliques à domicile » sont bien plus nombreux qu’on ne l’imagine.

 

Si ces quelques mots sont lus, par bonheur, par d’autres que des parents ou des associations, que l’on veuille bien tenir compte de cet élément : la révolte gronde car la colère des personnes concernées (les parents particulièrement) est immense et de plus en plus difficile à contenir. Depuis 4 ou 5 ans, l’atmosphère envers ce type d’accidents, a totalement changé parce que la presse fait quasi quotidiennement état d’un accident grave du genre, ce qui n’était pas le cas auparavant. Alors, et cela n’engage que moi, je prends les paris que, dans  moins d’un an, des parents se feront justice eux-mêmes, si toutefois rien ne change. Cela ne leur rendra certainement pas leur enfant, ils le savent, ils auront tort aux yeux de la loi, ils le savent, mais ils seront exonérés par l’entièreté du public. Et pour eux, même s’ils se rendent à Lantin, à Nivelles ou ailleurs, ils auront fait ce qui leur semblait le plus juste et surtout, le moins insupportable.

 

 

Albert GILLIQUET

Vice-président

Novembre 2005

 

 

Les photos de la manifestation : cliquer ici

 

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