TERGIVERSATIONS AUTOUR D'UN CRIME

 

Novembre 2003

Le petit Maxence tué par une automobiliste ivre

  TERGIVERSATIONS  AUTOUR D’UN CRIME  ?

  D’aucuns parmi vous se souviendront certainement du petit Maxence (6 ans ½ à peine), fauché à Liernu par une voiture en juin 2002 ; quand je dis voiture, c’est faux puisqu’il s’agissait en fait d’un véritable char d’assaut de 2t – une camionnette Mercedes Vito – de surcroît, conduite par une automobiliste ivre de 53 ans. Préciser les circonstances exactes de ce drame n’entre pas dans le cadre de ces lignes mais pour que nos lecteurs prennent bien conscience de l’ ampleur de la bêtise humaine, il ne me semble pas inutile d’en rappeler brièvement quelques – sordides ?-  détails : Maxence circulait tout à fait  normalement sur le bord de la chaussée pour rentrer chez lui ; il était casqué et accompagné de quelques camarades parmi lesquels son propre frère. L’automobiliste  gembloutoise circulait à une vitesse bien excessive par rapport à l’endroit, trop vive allure  notamment explicable par la quantité d’ alcool ingurgitée peu avant : une bouteille de Porto, excusez du peu. Pour la petite histoire, on relèvera qu’ elle s’est arrêtée 121 m (délit de fuite !?) après l’impact, c’est tout dire !

  Le 9 octobre dernier, s’est déroulée  au Palais de Justice de Namur, une Audience relative à cet accident (Tribunal de Police). Les parents de Maxence, bien sûr, étaient présents, de même d’ailleurs que la responsable des faits, ce qui en étonna d’ailleurs plus d’un … Il est vrai que son absence aurait pu être considérée comme outrageante     et risquait donc d’accroître encore la sanction prononcée. La salle était, entre autres, composée de sympathisants (famille et voisins),  de familles elles aussi endeuillées par le même type d’accident, de quelques membres de la presse et de représentants du GAR. Fait assez rare que pour être souligné : le Président  ARNOULD avait accepté la présence des caméras de la RTBF, dont une équipe réalisait un tournage en vue d’une émission consacrée au GAR : celle-ci devrait être diffusée le 20 novembre prochain. Je souligne à ce propos que cette initiative n’eut pas eu l’heur de plaire à M. le Bâtonnier qui a immédiatement invité (poliment mais fermement) toute l’équipe à mettre un terme à cet enregistrement. Pour votre information, les plaidoiries des avocats, en tout cas, ne pourront apparaître à l’image.

  Avocat des parents du petit Maxence, Me. KINOO a fait une plaidoirie brillante, insistant à la fois sur le cauchemar quotidien de ces parents et leur véritable souffrance depuis l’accident, et sur la jeunesse de la victime, ce à quoi ce petit n’aura jamais droit, ce qu’il ne connaîtra jamais, les amis qu’il ne se fera plus, les joies dont il est désormais privé, … Des larmes coulaient sur les visages du public : si Mme JACOB et moi-même avons soi-disant « l’habitude » de ce genre d’audience (mais peut-on réellement s’y habituer ?), il n’en demeure pas moins qu’une terrible émotion nous a tous deux envahi comme tout un chacun et qu’en plus, un sentiment de profond malaise est resté ancré en nous pendant près de 2 jours, ce qui est anormalement long. Mais pourquoi un tel malaise ? A mon sens, pour plusieurs raisons essentielles :

 

  1. Il est difficile, voire impossible, de conserver toute son objectivité lorsqu’il s’agit d’un si jeune enfant décédé dans des circonstances aussi tragiques.
  2. Personnellement, j’ai été littéralement sidéré en observant la dignité des parents (jeunes eux aussi) de Maxence : pas de mauvaise humeur apparente,  pas de haine, pas d’agressivité, pas de changements de ton, juste de l’émotion doublée de calme et de sérénité probablement feinte au cours de la lecture d’un message à l’égard de la conductrice : bref, un indicible chagrin.
  3. Difficile aussi de rester de marbre devant les paroles de l’avocat de la défense (Me GERARD), payé pour cela certes (c’est quand même son boulot !) mais qui va proférer des énormités pour innocenter sa cliente ou, tout au moins,  rendre sa peine moins lourde. A l’en croire – et j’exagère à peine ! -, chaque individu connaissant des problèmes, plonge très rapidement dans l’alcool : la responsable de l’accident serait donc en partie excusable. Comme bien d’autres ce jour-là, je me suis dit que le Tribunal devait être rempli de gens complètement ivres. Il avait par ailleurs parlé de l’alcoolisme de sa cliente en ces termes : « il est révélateur de son mal-être depuis près de 10 ans » :  c’est pas beau ça ?
  4. L’indifférence est exclue lorsque l’on entend dire que la dame ne s’est JAMAIS préoccupée de Maxence et de ses parents, préférant se lamenter sur son propre sort. Seuls quelques mots d’excuses seront proférés durant l’audience à M. et Mme GENETTE : trop peu et trop tardif ? Non : simplement honteux !
  5. Je me suis subitement senti très proche du Ministère public, Me DELFORGE en l’occurrence. En effet, l’avocat général s’ est demandé quels mots choisir pour qualifier le comportement de cette dame, avec « la quasi-acceptation du drame qui n’allait pas manquer de survenir » : la langue française, pourtant réputée si riche, comporte-t-elle encore d’aussi grandes lacunes, au point d’empêcher un professionnel expérimenté d’exprimer réellement ce qu’il pense ? En même temps qu’il ne pouvait évidemment ni comprendre ni excuser, il plaidait en faveur d’une sanction exemplaire, à savoir 2 ans de prison ferme et 5 ans de déchéance du permis de conduire, ce qui représente le maximum en Belgique ( !!!). L’avocat de la défense proposait quant à lui, des Travaux d’Intérêt Général (TIG) : si je reconnais volontiers leur intérêt pour certaines fautes mineures (certaines infractions au Code, défauts d’assurance ou de permis par exemple), je les « sens » par contre assez mal dans des affaires telles que celle qui nous occupe.

  Au terme de l’audience, le Juge en avait fixé une nouvelle pour le jeudi 6 décembre qui, contre toute attente (enfin,  c’est beaucoup dire) et au grand désarroi des parents de « l’enfant soleil » en particulier, déboucha sur « une enquête sociale approfondie de nature à éclairer le Tribunal sur la faisabilité et l’opportunité ou non d’une peine de travail éventuelle ». Pour être concret et ne pas se perdre dans un excès de considérations purement juridiques, c’était donc une manière de donner suite à la demande de la prévenue de se voir infliger une telle peine plutôt qu’un emprisonnement. Les époux GENETTE, stupéfaits et littéralement choqués, ont ressenti cette ordonnance telle une véritable claque, d’autant plus, ont-ils dit, qu’ « ils ne concevaient même pas que cette hypothèse d’une peine de travail soit étudiée » ; à leurs yeux, et le GAR n’est pas le seul à les suivre dans cette opinion, une peine de travail est une sanction bien trop faible pour des faits d’une telle gravité : en admettant que cette enquête se révèle positive (nous n’en connaissons pas les critères), Marie (prénom de la conductrice) se verrait contrainte de prester un certain nombre d’heures (240 au maximum) au sein d’un hôpital ou d’un centre spécialisé accueillant des polytraumatisés de la route (Centre W. LENOX par exemple). En attendant, elle dispose toujours de … son permis de conduire. Et vous savez pourquoi ? Parce que chez nous, les peines sont indissociables ; c’est tout simplement incroyable mais pour être clair, Marie prend chaque jour la route, sans subir de traitement particulier contre son alcoolisme (auquel personnellement, je ne crois que très peu, pour des motifs que j’expliquerai certainement … un jour dans ces colonnes) ; de toute façon, elle est juste cordialement invitée à se soigner : c’est tout dire.

Dans l’éventualité d’un résultat négatif de l’enquête, chacun se demande vraiment ce que décidera le juge. Comme d’irait l’autre, nous verrons mais, simple avis personnel mais commun à d’autres, je n’y crois guère.  Soit.

Pour réaliser cette enquête, un certain temps est évidemment nécessaire : la prochaine est dès lors fixée au 27 janvier 2004 !

  Vous n’imaginez sans doute pas la détresse des parents (et grands-parents) qui se voient ainsi confrontés à un délai supplémentaire au réel travail de deuil, non encore entrepris depuis cette fatale après-midi de juin 2002.

  Enfin, je voudrais me faire le porte-parole de M. et Mme GENETTTE qui nous font remarquer ce qui suit :

-         le juge n’était nullement obligé de demander cette enquête en faveur des TIG : il aurait pu rendre son jugement immédiatement

-         si l’enquête se révèle positive, les TIG s’imposent quasi inévitablement comme peine ; c’est donc une porte qui s’ouvre à d’autres peines similaires pour des faits semblables

-         ils sont d’ores et déjà certains que cette enquête va se révéler favorable

-         au niveau du jugement moral, il n’y aura rien avant le 27 janvier prochain ; leur avocat précise que si le juge a finalement été clément au pénal, il demande souvent davantage sur le plan civil (compensation ?)

-         dans l’éventualité d’un jugement le 9 octobre sans prévoir d’enquête, l’avocat de la défense serait directement allé en appel

-         « combien d’individus faut-il tuer sur la route pour effectuer de la prison et combien devront encore perdre la vie ? »

-         « La justice va donner un magnifique exemple à tous les copains de Maxence : faites les cons plus tard sur la route et vous n’aurez aucun problème »

-         « quelques dizaines d’heures de bénévolat : Maxence ne vaut rien de plus pour la Justice »

  Une petite question personnelle pour terminer ce long texte : Mme ONCKELINCKX, quand changera-t-on donc la loi pour transformer en HOMICIDE VOLONTAIRE cet HOMICIDE dit INVOLONTAIRE chez nous, lorsque l’on a causé un accident grave (avec décès et / ou handicaps graves) en conduisant sous influence (alcool, drogues,…) ? Chez nos voisins français, on apprécie ou non M. SARKOSY car quelque part, il dérange. D’accord : ses mesures sont sévères et les procédures plus expéditives ; mais je ne vois qu’une chose : les drames routiers régressent. Et le but est bien de préserver des vies.

 

Albert GILLIQUET    Vice-président

  Pour réagir à cet article :

                       

 

 

Monsieur Gilliquet,

 

Par la présente, je me permets de réagir à votre article intitulé "Le petit Maxence tué par une automobiliste ivre - Tergiversations autour d’un crime  ?", daté (par erreur, sans doute) de novembre 2004.

Tout d'abord, vous devez savoir que je suis évidemment profondément choqué par les circonstances de cet accident tragique. Au même titre que je le suis en face d'accidents similaires qui se produisent malheureusement trop régulièrement.

Vous parlez dans votre article de "l'avocat de la défense, proférant des énormités pour innocenter sa cliente ou, tout au moins, rendre sa peine moins lourde, la responsable de l’accident étant en partie excusable.". Vous évoquez aussi la coupable, "cordialement invitée à se soigner" ou "cherchant à se voir infliger une peine autre que l'emprisonnement".

Je suis entièrement d'accord avec l'indignation que vous manifestez face à cette situation. J'essaie moi aussi de me battre contre cette manière de réagir face aux alcooliques. Mais en vain.

Avant d'aller plus loin, voici en quoi ce drame me concerne.

Mon frère est alcoolique depuis de nombreuses années. Comme tous les alcooliques (et certainement Marie aussi), il suit régulièrement des "cures de désintoxication". En quoi cela consiste-t-il? Les "psychiatres" passent un "contrat" avec le malade (car l'alcoolique, même assassin, est d'abord un malade). Si l'alcoolique boit durant sa cure (c'est-à-dire, si le malade se permet d'être malade), il est purement et simplement mis à la porte. Même s'il n'a pas de domicile! Un peu comme si le dentiste, après avoir ouvert une carie, décidait de vous renvoyer chez vous, sans terminer son travail, sous prétexte que vous avez mal.

Toutes ces cures (par ailleurs très (trop?) courtes – 3 à 4 semaines) sont en effet basées sur la volonté du patient à vouloir se soigner. Et rien n'est prévu en belgique lorsque le patient n'a pas la volonté requise!!!!!! A ce moment, il rechute évidemment dans l'alcoolisme (qui est toujours une maladie, connue des psychiatres qui relâchent pourtant leur patient dans la nature). Le parquet et les magistrats appliquent les mêmes décisions vis-à-vis de ces malades.

A ce stade, inutile pour un membre de la famille d'essayer d'entrer en contact avec les médecins ou la magistrature. Ils n'accusent même pas réception de votre courrier!!!

Reste une "solution": la colocation (enfermement de force, durant une longue période). Impossible! Car il faut pour cela respecter quatre critères. Deux de ces critères exigent que le malade soit un danger pour lui et pour les autres. Les deux autres: qu'il ne veuille pas se soigner, et qu'il n'existe pas d'autre solution que l'enfermement. Or, tous les alcooliques à jeun expriment le désir de se faire soigner. C'est pour cela qu'ils entament une cure, très souvent à de nombreuses reprises (aucun médecin n'étant d'ailleurs au courant qu'un malade a déjà tenté en vain plusieurs autres cures auparavant, dans d'autres établissements!!).

Selon les dires d'une infirmière aux urgences psychiatriques d'un hôpital bruxellois, la "solution" réside en ceci: sous l'emprise de l'alool, le malade se tue accidentellement. Ou bien, il tue quelqu'un. Sa victime se retrouve alors au cimetière et le malade en prison (qui n'est PAS sa place, même s'il a commis un acte grave). Dans les deux cas, le problème des médecins et de la justice est résolu.

Dans certains cas, il faut reconnaître que cela s'accompagne tout de même de mesures concrètes: ainsi, à Jette, il y a peu, on a supprimé une bande de roulage sur un grand axe. Il n'en reste plus qu'une. Cela fait pester des dizaines de conducteurs tous les jours, mais au moins, l'alcoolique qui repassera par-là risquera moins de provoquer de nouveau une catastrophe.

C'est évidemment révoltant.

J'ignore que faire et à qui encore m'adresser.

Devons-nous nous résigner à perdre régulièrement un petit Maxence? Ou un frère, même alcoolique?

 

Monsieur DECOUX,

Contrairement à ce que vous avez pu croire, votre avis quant à l'alcoolisme a retenu toute mon attention et c'est précisément parce qu'il était digne d'intérêt que j'ai attendu d'avoir le temps pour moi-même vous donner mon point de vue personnel, en dehors (ou en plus) de mon article de novembre sur le site du GAR.

Pour des raisons personnelles que je ne compte pas développer dans le cadre de ce mail, je crois pouvoir affirmer que je connais bien le milieu de l'alcoolisme en général, et des alcooliques en particulier. Ce que vous affirmez est exact : même si peu de gens l'admettent (malgré les avis médicaux de la plupart des neuropsychiatres), l'alcoolique est avant tout un malade. Toutefois, c'est un malade particulier, qui ne reconnaît pas volontiers sa maladie et qui n'admet de se soigner que lorsqu'il est -parfaitement- à jeun; vous en parlez d'ailleurs très justement. Méfiance cependant : tout d'abord, le VERITABLE alcoolique n'est que rarement à jeun puisque par définition, il devient dépendant, ce qui l'incite à boire toujours davantage; s'il est vraiment atteint, croyez-moi (mais vous le savez certainement déjà), il se passe peu de temps dans une journée sans que l'alcoolique dépendant ait recours à l'alcool, quelle qu'en soit sa forme (bière, vin, apéro, alcool fort, mais aussi autres produits !). Ensuite, les périodes dites de "bonne volonté" ( injustement qualifiées aussi de "rémission"), au cours desquelles l'alcoolique désire se soigner, sont de plus en plus courtes. Je m'explique : pour beaucoup d'entre-eux, une fois franchi le pas de la Clinique qui les accueille avec leur accord, leurs bonnes résolutions s'envolent et ils n'aspirent plus qu'à en ressortir pour recommencer à boire. Les relâcher dans la nature est donc une très mauvaise solution puisque non seulement la malade n'est nullement guéri, mais en plus, les neuropsychiatres, les psychiatres et les médecins en général, savent pertinemment que l'individu (on devrait dire "le patient") représente un danger non négligeable tant pour lui que pour les autres : quelque part, c'est donc un acte criminel en soi.

J'en viens donc logiquement à la colocation. Ne nous leurrons cependant pas : ce n'est assurément pas la panacée universelle en matière d'alcoolisme car d'une part, les critères de ce type d'enfermement ne sont pas faciles à réunir (n'oublions pas l'avis de la famille !) et d'autre part, est-ce toujours humainement envisageable d'isoler presque définitivement et contre son gré un individu sous prétexte qu'il est un danger ou qu'il ne veut pas se soigner ? Personnellement, je ne le pense pas : si les dits critères ne sont que peu évidents à rassembler, la démarche morale, pour sa part, me semble  elle bien trop simple.

En ce qui concerne les cures de désintoxication, je me permets de me montrer un peu moins catégorique que vous : on ne peut le nier, certains malades en sortent guéris et ne rechutent jamais. Par contre, au niveau du suivi, le bât blesse puisque si la volonté est absente, l'alcoolique a priori guéri fera exactement ce que lui dicte son cerveau à un moment donné : s'il en a vraiment envie, il reboira et lorsque l'on sait qu'un ex-alcoolique retouchant à la moindre goutte d'alcool, replongera inévitablement, on mesure l'inefficacité de beaucoup de cures.

 

S'il existe pas mal d'associations de soutien en Belgique (les AA, Vie Libre, Centre Alpha, ...), c'est encore une fois une question de volonté; en plus, je me dis que l'ambiance même des réunions de ces groupements peut déplaire à certains : il se peut que l'on n'ait pas envie de parler devant les autres de son mal-être, que l'on n'ait pas envie d'écouter les avis d'autrui , que l'on ait pas envie de tenir compte des conseils (parfois sujets à caution) des "animateurs", que l'on n'ait pas envie d'entendre différents témoignages provenant somme toute d'inconnus, pas envie de ceci ou de cela ... N'oublions pas qu'un alcoolique sortant de cure reste ou peut rester un individu fragile ou, en tout cas, fragilisé. Pour l'anecdote, mais ce n'est pas comique du tout et je n'en rie pas, certains alcooliques fraîchement issus de cure traversent une rue s'ils aperçoivent une seule enseigne de bière annonçant un lieu de consommation (café, restaurant, taverne, bar, ...) : c'est dire les précautions à parfois observer. Quoiqu'il en soit, ces groupements ont un aspect plus que positif puisqu'ils mettent ensemble des personnes désireuses de parler d'un mal qui leur est commun; et en parler constitue déjà une étape supplémentaire - voire ultime- vers la guérison définitive. Je connais personnellement des alcooliques qui auraient rechuté sans leur participation régulière à de telles réunions.

 

Enfin, un dernier élément qui va peut-être vous donner une lueur d'espoir : il existe des personnes alcooliques sur lesquelles plusieurs cures n'ont strictement eu aucun effet. Puis, subitement, apparaît un déclic, autrement dit un bref instant d'une journée quelconque au cours de laquelle l'alcoolique prend la décision de ne plus jamais absorber d'alcool, quelles que soient les circonstances. Inconsciemment ou non, il pose là un geste fort et, quoiqu'on en pense,  lourd de conséquences de lui puisque sa vie va radicalement changer. Généralement, il s'y tient durablement, à condition que l'abstinence soit TOTALE (c'est la tolérance 0) sans laquelle il réveillerait rapidement son goût pour l'alcool ("appétence alcoolique") qui le reconduirait promptement dans la maladie. Quoiqu'on fasse, quoiqu'on dise autour de lui, ce moment n'appartient qu'à lui seul et n'est donc ni programmable, ni programmé. Les neuropsychiatres connaissent ce phénomène qui reste scientifiquement inexpliqué. On l'a maintes fois constaté; c'est ce que l'on appelle le MAGIC INSTANT. Ceci ne signifie nullement que l'individu est à jamais à l'abri d'une rechute, celle-ci dépendant d'une quantité de facteurs comme le caractère, la sensibilité, les facteurs extérieurs, l'entourage proche, ... Je pourrais vous en parler durant des heures ...

 

Je suis conscient de n'avoir en rien aidé votre démarche, vous avez simplement un autre point de vue. Toutefois, très sincèrement, je croise les doigts pour votre frère dont on peut espérer qu'il fera partie des individus visés par mon dernier paragraphe.

 

Bien à vous,

 

Albert GILLIQUET

 

ps : si vous le souhaitez, je reste ouvert à tout échange de courrier concernant votre frère et/ou l'alcoolisme en général; il se peut en effet qu'un échange de courrier soulage quelque peu vos soucis à ce niveau. Je l'espère sincèrement. N'hésitez donc pas à reprendre contact avec moi.

 

Retour au sommaire

Retour à la page d'accueil