C’est pas ma faute …

 

Non, je ne m’y ferai jamais, cela me consterne et me révolte : au début de ma collaboration avec le GAR, je n’en étais qu’étonné, surpris mais pas davantage. Aujourd’hui, c’est bien un tout autre sentiment qui m’a envahi. Mais de quoi parle-t-il donc pensez-vous, de quoi va-t-il encore accoucher pour mettre sur papier son ressentiment, sa colère ? C’est relativement simple, je vous explique parce qu’il n’y pas de raison que je ressasse de telles choses tout seul dans mon coin : j’aime partager, profitez-en.

Il y a aujourd’hui 4 ans que je prête mon concours à diverses asbl de sécurité routière , le GAR étant probablement celle qui, dans le domaine du soutien aux familles de victimes de la route, est en tête parce que les relations entre individus y sont les plus marquantes, les plus prenantes et ce, à plus d’un titre.

Au cours de ces années, j’ai assisté  à de multiples audiences de tribunaux, notamment lorsque se déroulent les procès des responsables d’ accidents mortels ou donnant lieu à des handicaps graves. Inéluctablement, l’individu en cause ne reconnaît qu’exceptionnellement ses torts : « non, je ne roulais pas trop vite » ; « non, je  n’avais pas bu tant que cela» ; «  non, je  n’avais pas consommé de drogue, d’ailleurs j’y ai jamais touché, je sais même pas ce que c’est », …

Lorsqu’il s’agit d’ailes froissées ou de rétroviseurs cassés, le déni du responsable est nettement moins systématique, quoique … la mauvaise foi peut déplacer des montagnes. Soit.

 

Par contre, assurance ou pas –à la limite, peu importe-, je n’ai jamaismais alors, jamais de chez jamais- rencontré un conducteur ayant tué qui reconnaisse spontanément ses torts, même si ils sont flagrants : c’est très grave, dramatique même, mais surtout, révoltant à un degré inimaginable. Il s’agira toujours de minimaliser, donc de se déresponsabiliser, qu’elles qu’en soient les conséquences.

Mais précisément, si bas soit ce comportement, j’en cherche toujours les raisons :

-         ce n’est pas un problème de personnalité : en effet, si tel était le cas, on peut être certain que les fautes seraient plus nombreuses à être admises par les responsables

-         ce n’est pas non plus un problème de gravité de la faute puisque les conséquences sont identiques. Et, que l’on ait roulé trop vite, que l’on ait trop bu, … , cela ne change rien au résultat : le drame est là , le mal est fait …

-         serait-ce davantage un problème de casier judiciaire ? Possible mais pas sûr, à moins bien entendu que l’assurabilité soit remise en question pour … longtemps ( ?) ou pour toujours

-         … des tas d’autres motifs existent mais la place manque pour tous les passer en détails

Mais je pense personnellement que l’hypothèse de la moindre peine soit bien l’élément- clé qui motive l’ensemble de tous ces dénis : trop d’individus se foutent comme de l’an 40 d’avoir tué, d’avoir plongé des parents dans une peine indicible, qu’aucun mot ne sera jamais en mesure de décrire; ils veulent s’en tirer coûte que coûte et pour y parvenir, ne reculent pas devant le pire des mensonges, et peu importe celui auquel il a ôté la vie, basta ceux qui restent et qui n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Et nous les voyons sans cesse, ces tristes dires qui, coupables et meurtriers, viennent au Tribunal pour s’entendre dire « avec sursis » puis s’en retournent – en conduisant leur propre voiture si possible- le sourire aux lèvres et vont arroser ça.

GILLIQUET exagère ? Pas du tout et si vous doutez de ma bonne fois, demandez donc à certains juges ou substituts : ils connaissent eux-mêmes ces scènes dramatiques qui mêlent un responsable dans l’indifférence la plus totale à des parents en pleurs, déchirés qu’ils sont entre le décès ou le terrible handicap de leur enfant, et l’envie de se faire justice soi-même, en lynchant purement et simplement celui qui en est la cause.

La vérité est encore ailleurs : les peines qui sanctionnent les criminels de la route sont largement insuffisantes chez nous et moi qui n’apprécie pas particulièrement regarder ce qu’il se passe chez nos voisins, j’estime que, dans ce cas d’espèces, nos législateurs feraient bien de prendre exemple sur ce qui se fait chez nos voisins (France, Pays-Bas, Grand Duché …). Et alors, et seulement alors, on pourra regarder en face des statistiques qui démontrent le bien-fondé de mesures plus radicales ; désormais, les peines de prison ne font plus vraiment peur parce qu’elles restent d’une dramatique tiédeur tandis que les peines alternatives ne découragent pas non plus (même si il s’agit bel et bien d’une sanction pénale). Par contre, allez dans le portefeuille des usagers sous influence et vous verrez qu’ils seront enfin plus soucieux de leur comportement sur la route. L’homme est ainsi fait (certains en tout cas) qu’il ne mesure bien ce qu’il a enlevé aux autres que lorsque l’on touche à ses propres biens. C’est une remarque simpliste mais ma foi, d’un réalisme à faire pleurer.

Un dernier facteur intervient : vous ne pouvez imaginer le nombre de personnes qui, subitement, ont un  besoin impératif de leur permis de conduire pour continuer à travailler. Un responsable d’accident évoquera toujours ce dernier argument pour faire en sorte que son précieux document ne lui soit retiré. Parallèlement, nombre de parents de victimes, voient leur emploi menacé parce qu’il ne sont plus en mesure de l’assumer ; quant à conduire leur propre véhicule, certains  d’entre eux sont contraints d’y renoncer : angoisses, réminiscence de l’accident, prises de médicaments, … En tient-on compte ?  non, jamais !

Je me suis égaré du sujet? Pas grave, je voulais le dire, tout simplement.

 

Albert GILLIQUET

Vice-président

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