ASSUMER !!!

Janvier 2002

Assumer…

 

 

Collaborateur du GAR depuis un certain temps, je participe régulièrement au suivi d’accidents graves comportant mort(s) d’enfants. Les audiences des tribunaux sont le plus souvent à la limite du supportable, surtout en ce qui concerne les parents des victimes. C’est une étape nécessaire pour l’établissement des responsabilités mais pour eux, il s’agit le plus souvent d’une réelle épreuve, ne serait-ce que parce que la  partie adverse tente le plus fréquemment de rejeter les torts sur le(s) disparu(s).

Et c’est précisément ce point qui me heurte le plus, à côté évidemment du caractère solennel – voire sinistre - de certaines séances.

 

Dernièrement, j’ai ainsi eu l’occasion d’assister à une séance d’un procès au cours duquel le conducteur responsable a, en quelques mois seulement, changé de version des faits à 3 (trois) reprises, alors que tous les éléments de l’enquête ne laissaient planer aucun doute quant à sa responsabilité. Comme on s’en doute, c’est aussi le rôle de son avocat de chercher puis de dénoncer les arguments susceptibles de désigner la victime comme étant à la base de l’accident (en d’autres termes, le responsable de sa propre mort).

 

 Par plaidoiries interposées, il devenait tout d’un coup question de vitesse excessive, de mauvaise visibilité, de freinage inapproprié (il s’agissait d’une moto), bref un ensemble d’éléments purement techniques nés d’une seule raison : la fuite des responsabilités est bien la clé de longues discussions et débats qui ne font qu’ajouter à la peine des parents : ceux-ci voient en effet en toutes ces accusations l’occasion de salir plus encore la mémoire de leur enfant disparu ; de plus, cette façon de procéder ne fait qu’accroître leur désarroi puisque les reports d’audience en vue du verdict final transforment le procès en un interminable supplice. En quelque sorte, c’est une torture insupportable à laquelle ils doivent faire face et, croyez-moi, la dépression est monnaie (très) courante chez eux.

 

N’allez surtout pas imaginer que cet exemple est un cas isolé. Assumer ses responsabilités en cas d’accidents est désormais devenu une denrée rare. Les raisons d’un tel comportement sont nombreuses et bien plus complexes à analyser qu’il n’y paraît, bon nombre de facteurs entrant en effet en jeu. Je crois personnellement que cette attitude repose essentiellement sur 3 points :

 

-         il est quand même plus aisé d’accuser une victime qui n’est plus là pour donner sa version des faits, malgré l’éventuelle compétence de son avocat ;

-         le seul risque à courir est qu’en finalité, le verdict (donc la peine infligée) soit moins lourd (l’acquittement étant idéal pour le présumé coupable) ;

-         un casier judiciaire vierge restera toujours moins lourd à traîner dans le futur : on ne sait jamais ce que réserve l’avenir, n’est-ce pas ?.

 

Quoiqu’il en soit, comme on le voit, il n’est en aucun cas tenu compte de l’immense détresse de ceux qui restent et en particulier, de celle des parents. Le dédommagement financier, querelles d’assurances le plus souvent, ne remplacera jamais la perte d’un enfant disparu ou mutilé pour le restant de ses jours. Je suis personnellement convaincu que les autorités devraient davantage donner la priorité à cet aspect de la question ou au moins, si tel n’est pas le cas, en tenir compte plus vite et plus sérieusement.

 

 

 

Albert GILLIQUET    Vice-Président du GAR / Responsable RED - Liège 

 

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